L’IA est déjà utilisée
Publié le 8 octobre 2026
En février, Demis Hassabis, directeur du laboratoire d’IA de Google et lauréat d’un prix Nobel, a déclaré lors d’un sommet mondial à New Delhi que l’IA aura « quelque chose comme dix fois l’impact de la révolution industrielle, mais à dix fois la vitesse », en se déroulant « en une décennie plutôt qu’en un siècle » (traduction libre).
La révolution industrielle s’est étalée sur des générations. Les gens ont eu le temps de s’adapter, de se recycler et de déménager. S’il a même à moitié raison, nous n’aurons pas ce temps. Pas besoin de croire les prédictions les plus spectaculaires pour voir ce que cela signifie pour une petite ville.
Avant de lire la suite, rendez-moi un service. Peu importe ce que vous pensez déjà de l’IA, que vous soyez enthousiaste, inquiet, perplexe ou simplement tanné d’en entendre parler, mettez ça de côté quelques minutes. Toutes ces réactions sont légitimes. Mais la plupart de ce que les gens savent de l’IA vient des manchettes, et les manchettes sautent la partie qui compte pour une ville comme la nôtre. Je vous préviens, c’est long. Mon but n’est pas de vous vendre l’IA. C’est d’expliquer pourquoi elle compte pour Cochrane.
Pourquoi c’est moi qui écris ceci
Je suis le directeur des systèmes d’information (CIO) de Bercell Integrated Technologies. Comme CIO, mon travail est de rester à jour en technologie, et depuis deux ans, l’IA en occupe une grande part. Je ne l’ai pas apprise en demandant à un robot conversationnel d’écrire quelques courriels. J’ai passé beaucoup d’heures à tester ces outils, à les sécuriser et à découvrir où ils fonctionnent et où ils échouent. La courbe d’apprentissage est raide. Je l’ai fait parce que ça m’intéressait, mais aussi parce que plus je la voyais à l’œuvre, plus je comprenais à quel point elle changera le milieu de travail. C’est mon travail de tous les jours, alors je ne vais pas tourner autour du pot.
Ce qu’est vraiment l’IA aujourd’hui
Pour la plupart des gens, l’IA, c’est ChatGPT. Vous tapez une question et il tape une réponse. Peut-être qu’il vous a aidé à écrire une lettre, à retoucher une photo ou à faire une affiche. C’est la partie que tout le monde a vue, et c’est la plus petite.
Sous le capot, ces outils sont des logiciels qui ont lu plus de texte que n’importe quelle personne pourrait le faire, et ils sont devenus très bons pour prédire à quoi ressemble une réponse utile. Ils ne pensent pas comme une personne, ils ne connaissent pas Cochrane, et ils peuvent se tromper avec assurance. C’est pourquoi une personne doit toujours vérifier le travail.
Le vrai changement de la dernière année, c’est que l’IA est passée de répondre à des questions à faire du travail. Au lieu de lui demander quelque chose, on lui confie une tâche : lis cette pile de documents et fais-en ressortir l’essentiel, remplis cette pile de formulaires, rédige ce rapport pour qu’une personne le vérifie au lieu de passer une journée à l’écrire. Les nouveaux outils (l’industrie les appelle des « agents ») peuvent ouvrir des fichiers, passer à travers les étapes par eux-mêmes et remettre une première ébauche. Passer de « j’ai essayé ChatGPT une fois » à mettre l’IA au travail de cette façon est un saut beaucoup plus grand que les gens le pensent. Ça demande de la formation, de l’encadrement et des règles.
Pourquoi c’est important dans une course au conseil
Deux raisons.
D’abord, l’échéancier. Les gens qui construisent l’IA s’attendent à ce que le travail de bureau change de façon spectaculaire au cours des prochaines années. Le PDG d’Anthropic a dit que l’IA pourrait éliminer la moitié des emplois de bureau de premier échelon d’ici un à cinq ans. Le responsable de l’IA chez Microsoft a dit cette année que la plupart des tâches de bureau faites à l’ordinateur seront automatisées d’ici 12 à 18 mois. Ces gens-là vendent ces produits, alors prenez leurs chiffres avec un grain de sel. Mais même les économistes prudents ne pensent pas que ça va s’arrêter. Daron Acemoglu, du MIT, lauréat du Nobel d’économie en 2024 et l’une des voix les plus sceptiques, estime tout de même qu’environ 5 % de toutes les tâches pourront être confiées à l’IA de façon rentable d’ici dix ans. Quatre ans, c’est un mandat du conseil. Peu importe la prévision qu’on croit, ça arrive sous la responsabilité du prochain conseil, que les gens autour de la table soient prêts ou non.
Et si quelqu’un en doute, je peux vous le dire parce que je le fais tous les jours : l’IA est déjà assez bonne pour avoir un impact majeur sur le travail de bureau (et bien d’autres emplois). Elle est si nouvelle que les logiciels construits autour n’ont pas encore rattrapé, et la plupart des gens n’ont jamais appris à s’en servir. L’IA est prête. Les outils et la formation, eux, ne le sont pas.
Ensuite, pensez à ce qu’est la Ville de Cochrane : une organisation aux finances serrées, qui fonctionne avec vos taxes, et qui détient des renseignements personnels sur chacun de nous. Vos dossiers de taxes, votre compte de services publics, vos inscriptions aux loisirs. Une ville dans cette situation ne peut pas se permettre d’ignorer la gouvernance de l’IA. Avec des règles claires, l’IA fait rendre davantage chaque heure de travail du personnel. Sans elles, vos renseignements personnels peuvent se retrouver là où ils ne devraient jamais être, comme dans la version gratuite de ChatGPT.
L’IA est déjà à l’hôtel de ville
L’IA est déjà à l’intérieur de l’hôtel de ville, que ce soit prévu ou non. Certaines des affiches de la Ville sont faites avec l’IA, et les logiciels de bureau qu’utilise la Ville proposent maintenant des fonctions d’IA par défaut. Statistique Canada a rapporté en juillet que plus d’un travailleur canadien sur trois avait utilisé l’IA générative au travail au cours de la dernière année, et le rapport 2026 de CDW Canada sur le milieu de travail, publié le mois dernier, a révélé qu’un tiers des employés de bureau n’ont toujours aucun outil d’IA approuvé par leur employeur. Les gens l’utilisent parce que ça les aide à faire leur travail, avec ou sans règles.
Je ne dis pas que quelque chose a mal tourné à la Ville. Je dis que la Ville n’a pas de politique sur l’IA qui indique au personnel ce qui est sécuritaire et ce qui ne l’est pas, et le personnel mérite cette clarté. Le laisser deviner n’est juste ni pour lui ni pour les résidents.
L’IA n’est plus la partie difficile
Ce que la plupart des gens ne voient pas, c’est que l’IA elle-même n’est plus la partie difficile. La technologie capable de parcourir des années de documents du conseil, de reconstituer l’historique d’une route ou de rédiger une première version d’un rapport du personnel existe déjà, et elle est bonne. Ce qui manque, c’est la partie locale : des outils configurés pour les propres dossiers et le travail de la Ville, des règles sur ce à quoi ils ont le droit de toucher, et un personnel formé pour les utiliser. C’est là que se trouve le travail, et c’est là que se trouvent les retombées.
Si un rapport du personnel qui prend une journée complète de recherche pouvait prendre une heure, je sais lequel a du sens pour une ville qui surveille chaque dollar et qui a vu des échéances glisser. Avec un personnel déjà débordé, ces heures ne disparaissent pas. Elles retournent dans le travail qui s’accumule.
Les règles existent déjà, et une échéance approche
Cochrane n’a pas à inventer les règles à partir de zéro. Le 21 janvier 2026, le Commissaire à l’information et à la protection de la vie privée de l’Ontario et la Commission ontarienne des droits de la personne ont publié des Principes conjoints pour une utilisation responsable de l’intelligence artificielle. Ils décrivent ce à quoi ressemble une IA responsable pour les institutions publiques, notamment qu’elle protège la vie privée, qu’elle soit transparente et responsable, avec une vraie personne qui répond des résultats.
Il y a aussi une échéance. À compter du 1er janvier 2027, des modifications à la loi ontarienne sur la protection de la vie privée dans les municipalités obligeront celles-ci à faire une évaluation des facteurs relatifs à la vie privée avant de recueillir des renseignements personnels, et à signaler les atteintes graves à la vie privée au Commissaire. Ce sont les premiers mois du prochain mandat. Quelqu’un au conseil doit simplement savoir que ça s’en vient et pousser pour qu’on prenne de l’avance.
Au sujet des inquiétudes
Certains pensent que la Ville ne devrait pas toucher à l’IA du tout, à cause du coût environnemental ou des craintes pour les emplois. Ce sont des inquiétudes légitimes, et je les partage. Mais l’IA ne disparaîtra pas, et si la Ville reste à l’écart, ça n’y changera rien. Dès que le personnel voit ce qu’elle peut faire avec sa propre charge de travail, ça cesse d’être optionnel. Personne ne veut être stressé, en retard et répéter les mêmes tâches ennuyeuses chaque semaine ou chaque mois. Honnêtement, si la Ville n’utilise pas l’IA, la seule chose qui change, c’est qu’on passe à côté des avantages.
C’est justement pour ça que la Ville a besoin de règles. De bonnes règles gardent l’IA dirigée vers le travail qui compte vraiment, et elles s’assurent qu’elle aide le personnel actuel à porter sa charge de travail au lieu de devenir une excuse pour faire des coupures. Pour être clair, je ne me présente pas pour remplacer qui que ce soit à la Ville par un logiciel.
Ce que je défendrais
- Une politique écrite sur l’IA dès la première année du mandat, fondée sur les principes du CIPVP et de la CODP, avant que ces outils se répandent davantage.
- Une règle ferme voulant que les renseignements personnels des résidents n’aillent jamais dans un outil d’IA public.
- Et surtout, de la formation.
Le logiciel est la partie bon marché. C’est l’apprentissage qui le rend payant. Un personnel formé fait la différence entre une IA qui impressionne et une IA qui fait vraiment économiser de l’argent à la Ville.
Le budget 2026 prévoit environ 147 000 $ pour les déplacements, la formation et l’éducation de l’administration générale de la Ville. L’an dernier, ce poste était budgété à environ 130 000 $, et seulement environ 54 000 $ ont été dépensés. Ça me dit que l’argent n’est pas le problème. C’est le temps. Le personnel est trop occupé pour suivre de la formation. Au prochain budget, je pousserais pour qu’une partie de cet argent existant serve à la formation sur l’IA pour le personnel, le conseil et le maire. Aucune nouvelle dépense.
Ma position
Les autres candidats ont des forces que je n’ai pas, et je le pense sincèrement. Mais je suis le seul candidat sur ce bulletin qui travaille directement avec ces systèmes tous les jours, et je vais continuer à me tenir à jour pendant tout le mandat. La façon dont le personnel de la Ville travaille va changer avant la fin de ce mandat. Le conseil a besoin d’au moins une personne à la table qui comprend comment, et je vous demande votre vote pour être cette personne.
Sources
- Demis Hassabis, India AI Impact Summit, New Delhi, 19 février 2026, Forbes India (en anglais)
- Demis Hassabis, The Guardian, 4 août 2025 (en anglais)
- Dario Amodei sur les emplois de bureau de premier échelon, Axios, 28 mai 2025 (en anglais)
- Mustafa Suleyman, entrevue au Financial Times, février 2026, tel que rapporté (en anglais)
- Daron Acemoglu sur l’économie de l’IA, MIT Sloan (en anglais)
- Statistique Canada, L’utilisation d’outils d’IA générative parmi les travailleurs canadiens, mars 2026 (publié le 30 juillet 2026)
- CDW Canada, rapport 2026 sur les tendances de l’IA en milieu de travail, tel que rapporté le 24 septembre 2026 (en anglais)
- CIPVP et CODP, Principes pour une utilisation responsable de l’IA, 21 janvier 2026
- CIPVP, nouvelles obligations des institutions municipales en vigueur le 1er janvier 2027
- Ville de Cochrane, ébauche du budget 2026, réunion extraordinaire du 23 février 2026, p. 28 (en anglais)
Si vous repérez une erreur ou un oubli, écrivez-moi et je corrigerai. Les corrections sont notées ci-dessous.
Mises à jour et corrections
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